Partager l'article ! IRRUPTION 2 : lost in la mancha caennaise: Yann Largouët avait eu toutes les peines du monde à venir à bout du premier volet d'Irruption. Le t ...
Yann Largouët avait eu toutes les peines du monde à venir à bout du premier volet d'Irruption. Le tournage de la 2ème partie de sa trilogie devait commencer lundi dernier. Comme souvent pour les
grands projets le sort a joué contre lui et toute son équipe.
Julien Jamme, particulièrement impliqué dans le tournage de Yann, a accepté de nous livrer sa version des faits. Un texte à la fois poignant et désopilant, dont on espère lire la suite
rapidement.
" Bonjour à tous,
Vous n'êtes pas sans savoir que Yann Largouët nous prépare un nouveau film. Voici quelques nouvelles toutes fraîches et quelques scoops :
Le tournage d'Irruption II ne peut se dérouler sans une bête - que je nommerai "La Bête" - qui ne se trouve que dans le bâtiment sciences du campus 1 de l'université de Caen. La Bête ne
sort jamais de là.
Or, nous - ni personne - n'avons, jusqu'à nouvel ordre, plus accès au bâtiment, ni donc à La Bête, si déterminante pour ce nouveau film de Yann.
Le tournage est repoussé à la fin juin, sans savoir pourtant s'il pourra réellement avoir lieu à l'université.
Pourquoi une telle situation?
La fac de Caen est bloquée par des étudiants en lutte contre la réforme prévue par le gouvernement, ou fermée par la Présidente de l'université, avec coups de pieds au cul en passant pour les
étudiants de la part des gardes mobiles.
Tant que la fac était bloquée, nous nous arrangions avec les bloqueurs pour passer. Nous étions parmi les rares privilégiés à pénétrer dans ce lieu qui prend une tout autre dimension vide. Mais
plus les jours avançaient, plus nous croisions des individus qui avaient l'air de tout sauf d'étudiants, plus une méfiance malsaine s'instaurait: le matériel suscitait des intérêts.
Finalement, les bâtiments ont été évacués - gentiment bien sûr - par les crs, puis fermés. Et ce une semaine avant le début de notre tournage. Aucun laisser-passer nous a été accordé, bien que
nous ayons l'autorisation officielle de la présidence pour tourner.
En fin de semaine dernière, nous restions tout de même confiants pour pouvoir tourner, cette semaine (jeudi 14 et vendredi 15) et la semaine prochaine (lundi 18 au jeudi 21). Le blocage ne
pouvait pas durer, les examens approchant.
Yann termine son découpage plan par plan, prend soin de ses acteurs. Nous nous réunissons à son QG - le Béa'bar - pour nous mettre d'accord sur quelques détails d'organisation du tournage. Et
nous attendons que les étudiants votent le déblocage, comme tout le monde.
Patatra (pour le film de Yann, sans nous prononcer sur le mouvement actuel: quel est le plus important de la politique et de l'art?)!
Mardi, au bout d'une assemblée qui a réuni 3000 étudiants - ce qui est très important en terme de représentativité - le blocage a été assez largement revoté, et ce au bout de 7 heures de
réunion.
Donc reblocage, reflic, recoups de pied au cul - gentiment toujours - les crs sont tout de même plus doués au jet de lacrymogènes - et recrise de nerf pour la présidence qui ne fait pas de
détails et interdit à tous l'entrée dans les bâtiments. Même à nous! Dans dix ans, je pense qu'ils regretteront ce manque évident de discernement.
Quel est l'état de l'équipe de tournage?
Le réalisateur, Yann Largouët, est en dépression. Il finit son découpage - avec colle, papier, ciseaux, crayons de couleur - au BS. Il est bien installé, et de gentilles infirmières s'occupent de
lui.
L'actrice a fugué. Nous n'avons aucune nouvelle.
L'acteur est sous LSD. Vous pouvez le croiser, avec de la chance, dans le centre-ville de Caen. C'est facile de le reconnaître: il erre, les yeux illuminés, en répétant ces mots énigmatiques: "Où
est la Bête? Où est la Bête? Libérez la Bête! Libérez la Bête!"
Le reste de l'équipe profite de la déchéance intellectuelle de Yann pour piller son appartement: Dominique et Thomas (respectivement inspecteur des travaux finis et assistant réalisateur) se sont
jetés sur les scénarii que Yann a déjà écrits - et ils sont nombreux. Il faut les comprendre, ils ont promis un film aux Chevaliers mais ils sont en panne complète d'inspiration. Pour ma part
(technicien lumières pour ce film), j'ai pris tous ses dvds, pour paraître moins inculte parmi cette bande de joyeux connaisseurs du cinéma. J'ai laissé à Mathilde, au son pour ce tournage,
l'intégrale de De Funès. C'est pour sa thèse de Doctorat: "de Funès est-il aussi bête qu'il en a l'air?" Par gentillesse, nous avons laissé les meubles qui pourront toujours servir à Loubna,
l'amie de Yann et régisseuse adjointe sur le film, pour faire un feu si elle a froid cet hiver. Anthony, régisseur en chef, a pris l'écran plat. C'est toujours utile quand on travaille à la
radio.
A part ça rien à signaler. Tout va bien.
Toute l'équipe vous salue."
Au plaisir,
Julien
Je n'avais jamais pris le temps de lire réelement ce "lost in Caen" mais je vois que le principal est cité : "l'inspecteur des travaux finis"
bravo en tout cas, c'est très agréable à lire.
F.